Madame,

Je suis un peu étonné de voir une grande spécialiste de l’enfance, de la famille et de la relation telle que vous, faire l’apologie de la fessée.

Si je vous ai bien comprise, il ressort en effet de votre interview que la fessée est le meilleur moyen :

  • de montrer qu’on a des limites et de mettre des barrières à l’enfant ;
  • de faire appréhender à l’enfant ce qu’est un autre être humain ;
  • de montrer que l’on doit respecter l’être humain ;
  • de le tirer du côté de l’humain ;
  • de favoriser la construction de l’enfant ;

J’avoue que je n’aurais pas pensé que donner des coups à un être beaucoup plus faible que soi et lui enseigner que le principe le plus basique de la morale :  »Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » est une baliverne, pouvait avoir tant de résultats positifs pour l’être humain !

J’aurais plutôt cru que déculotter un enfant et le frapper sur les fesses revenait à franchir les limites de son intimité et risquait de lui faire perdre sa capacité naturelle de réaction contre quiconque toucherait cette partie de son corps dans un autre but que celui de le tirer du côté de l’humain ! Mais je dois me tromper.

J’aurais plutôt cru que pour apprendre à un enfant ce qu’est un autre être humain, il fallait se conduire avec lui avec affection et respect et qu’il existe d’autres moyens d’être ferme que de cogner sur ses fesses. Mais je dois me tromper.

J’aurais plutôt cru que le rôle d’une spécialiste de la relation est d’aider les parents à trouver d’autres moyens que les torgnoles (parce que quand les fessées sont recommandées, pourquoi pas les torgnoles ?) pour éduquer leurs enfants. Là encore, je dois me tromper. J’aurais plutôt cru que pour apprendre aux enfants à  »respecter l’être humain », il fallait commencer par les respecter eux-mêmes. Nouvelle erreur !

J’aurais plutôt cru que pour  »favoriser la construction de l’enfant », il y avait mieux que cogner sur lui. Quelle naïveté ! J’aurais plutôt cru que dans un pays où beaucoup d’enfants meurent encore de maltraitance, il valait mieux éviter d’encourager les parents à recourir à la violence. Autre naïveté !

J’aurais plutôt cru que dans un monde où, dans beaucoup de pays, le moyen d’éducation normal est encore la bastonnade, et où la plupart des parents trouvent, comme vous le pensez vous-même, que frapper un enfant est un moyen indispensable pour l’éduquer, il valait mieux soutenir les efforts du Comité des droits de l’enfant, de toutes les institutions internationales et du Conseil de l’Europe pour interdire cette méthode d’éducation que vous jugez si humanisante. Mais c’est sûrement vous qui, avec votre savoir psychanalytique, avez raison ! Et comme je trouve que mon épouse franchit parfois certaines limites et ne respecte pas toujours suffisamment l’être humain que je suis, je pense que je vais me convertir à l’excellent moyen d’éducation que vous préconisez. Quand tous les maris et les conjoints auront, comme moi, adopté cette méthode, je pense que nous aurons grandement contribué à tirer les femmes du côté de l’humain.
Merci, chère Madame, pour vos excellents conseils.

Olivier Maurel
Porte-parole de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO)